Dimanche 15 juin 2008
Ca y est, je viens de taper "montalbano" dans recherche d'images sur google... et j'ai vu la tête de l'acteur (Luca Zingaretti, inconnu dans mon
bataillon) à qui ont a confié le rôle dans la série TV ...
Et évidement... dans ma tête à moi il avait pas du tout cette tête la...
J'ai essayé plusieurs fois de me le répresenter... on fait souvent ça avec les héros littéraires, surtout lorsque les auteurs prennent tellement de plaisir à nous les décrire... Et de Montalbano, Andréa Camilleri nous en dit beaucoup... sur sa nonchalance, ses énervements, son amour énorme de la bouffe, sa conciliance, ses insomnies, et surtout ses chemins de pensées et ses ballades déductives...

Andréa Camilleri
De toute façon, le décalage entre personnage de papier et personnage d'écran c'est un classique du genre... de Harry Potter à Marie Antoinette... pensions nous qu'ils avaient cette tête? L'adaptation c'est un genre pas aisé! Mon seul souvenir de film restituant avec évidence un roman, comme fait avec, c'est le "Mépris" de Moravia mis en musique par GODard... mais bref je m'égare...
Salvo Montalbano... pour ceux qui ne connaissent pas (pourtant c'est du grand grand public!!) c'est le Maigret sicilien... le commissaire de Vigata...
Dans le roman policier le commissaire, c'est ça qui fait le livre... L'enquête, l'intrigue, tout ça ne tient debout qu'au travers des errements et des découvertes, des prises de tête de celui qui mène les recherches... Oui y'a bien des bouquins où on vous donne votre place, cher lecteur... évidemment c'est un effet de style... mais pour moi ce qui fait qu'on colle à un polar c'est essentiellement le transfert sur le héros (souvent solitaire) du commissaire.
Alors la des commissaires, y'en a des tonnes. Souvent bourru, vaguement alcolo, dépressif, veuf ou en instance de divorce, limite psychopathe, c'est à se demander s'il y a des commissaires heureux.... ah oui souvent insomniaque, avec des mémoirs à tiroirs, en général respecté dans le milieu.... bref le portrait robot n'est pas trop compliqué... Version femme, on trouve aussi des traits communs chez les passionarias de la résolution (mais bon la je me concentre sur les mecs!)
De temps en temps on en rencontre un réveur (Adamsberg chez Fred Vargas), bon père de famille (Maigret de Simenon) ou gourmand.
Voila gourmand Montalbano est. Et dans la version française ça fait des notes en bas de page sous forme de recettes qui donnent envie de s'acheter un aller pour la Sicile, juste histoire de se faire une bouffe!!
Ah oui, y'a aussi la géographie... entre l'enquête sur bitume en centres urbains, ou en quartiers ghettos, l'intrigue dans la steppe nordique que tu as les doigts gelés à tourner les pages, et le polar campagne... selon le climat, tropicale et grosse suée, glaciaire et intérieur ou soleil et bord de mer...
Et le petit monde Montalbano il est digne du meilleur prospectus de tour opérator!!
Enfin (pour aujourd'hui!) ingrédient primordial, le style! of course!
Le style du héros, sa dégaine quoi et le style des mots... alors la, Montalbano/Camillieri c'est du grand oeuvre!
(la préface du traducteur à l'édition française du tome 1 "la forme de l'eau" est à cet égard une petite perle)
Camillieri manie dans son écriture tout plein de registres de langue, italien classique, dialectal, sicilien, etc... Le tour de force du traducteur c'est de réussir à restituer cela en français, dans cette langue unique républicaine (!), qui si elle garde encore un peu d'argot et de style sms, a tout même perdu beaucoup de sa richesse imagée de ses langues de terroirs. Et la, coup de bol, le traducteur (saluons le Serge Quadruppani), a dans son escarcelle les mots du sud, du provençal, de l'occitan...
Tout ça donne une langue vivante, ensolleillée, drole, qui se moque d'elle même! franchement c'est un régal!
Il a aussi le registre des temps de conjugaison, l'emploi imparfait du pasé simple... la tournure des phrases avec les verbes rejettés tout au bout, parce que l'action tient ailleurs... de l'emphase décalée et du tout cru bien laché...
Mais c'est dur de raconter tout ça... je pourrais vous mettre un extrait du texte, mais ça reviendrait presque au même que de coller une tête à Montalbano... Nan en fait je vous le conseille, plongez dedans, en livre de poche à grand tirage, pour qq euros, comme des millions avant vous!! (vous aussi ça vous angoisse de lire la même chose que tout le monde? ben des fois faut savoir s'avouer que c'est un tort!!)



Et évidement... dans ma tête à moi il avait pas du tout cette tête la...
J'ai essayé plusieurs fois de me le répresenter... on fait souvent ça avec les héros littéraires, surtout lorsque les auteurs prennent tellement de plaisir à nous les décrire... Et de Montalbano, Andréa Camilleri nous en dit beaucoup... sur sa nonchalance, ses énervements, son amour énorme de la bouffe, sa conciliance, ses insomnies, et surtout ses chemins de pensées et ses ballades déductives...

Andréa Camilleri
De toute façon, le décalage entre personnage de papier et personnage d'écran c'est un classique du genre... de Harry Potter à Marie Antoinette... pensions nous qu'ils avaient cette tête? L'adaptation c'est un genre pas aisé! Mon seul souvenir de film restituant avec évidence un roman, comme fait avec, c'est le "Mépris" de Moravia mis en musique par GODard... mais bref je m'égare...
Salvo Montalbano... pour ceux qui ne connaissent pas (pourtant c'est du grand grand public!!) c'est le Maigret sicilien... le commissaire de Vigata...
Dans le roman policier le commissaire, c'est ça qui fait le livre... L'enquête, l'intrigue, tout ça ne tient debout qu'au travers des errements et des découvertes, des prises de tête de celui qui mène les recherches... Oui y'a bien des bouquins où on vous donne votre place, cher lecteur... évidemment c'est un effet de style... mais pour moi ce qui fait qu'on colle à un polar c'est essentiellement le transfert sur le héros (souvent solitaire) du commissaire.
Alors la des commissaires, y'en a des tonnes. Souvent bourru, vaguement alcolo, dépressif, veuf ou en instance de divorce, limite psychopathe, c'est à se demander s'il y a des commissaires heureux.... ah oui souvent insomniaque, avec des mémoirs à tiroirs, en général respecté dans le milieu.... bref le portrait robot n'est pas trop compliqué... Version femme, on trouve aussi des traits communs chez les passionarias de la résolution (mais bon la je me concentre sur les mecs!)
De temps en temps on en rencontre un réveur (Adamsberg chez Fred Vargas), bon père de famille (Maigret de Simenon) ou gourmand.
Voila gourmand Montalbano est. Et dans la version française ça fait des notes en bas de page sous forme de recettes qui donnent envie de s'acheter un aller pour la Sicile, juste histoire de se faire une bouffe!!
Ah oui, y'a aussi la géographie... entre l'enquête sur bitume en centres urbains, ou en quartiers ghettos, l'intrigue dans la steppe nordique que tu as les doigts gelés à tourner les pages, et le polar campagne... selon le climat, tropicale et grosse suée, glaciaire et intérieur ou soleil et bord de mer...
Et le petit monde Montalbano il est digne du meilleur prospectus de tour opérator!!
Enfin (pour aujourd'hui!) ingrédient primordial, le style! of course!
Le style du héros, sa dégaine quoi et le style des mots... alors la, Montalbano/Camillieri c'est du grand oeuvre!
(la préface du traducteur à l'édition française du tome 1 "la forme de l'eau" est à cet égard une petite perle)
Camillieri manie dans son écriture tout plein de registres de langue, italien classique, dialectal, sicilien, etc... Le tour de force du traducteur c'est de réussir à restituer cela en français, dans cette langue unique républicaine (!), qui si elle garde encore un peu d'argot et de style sms, a tout même perdu beaucoup de sa richesse imagée de ses langues de terroirs. Et la, coup de bol, le traducteur (saluons le Serge Quadruppani), a dans son escarcelle les mots du sud, du provençal, de l'occitan...
Tout ça donne une langue vivante, ensolleillée, drole, qui se moque d'elle même! franchement c'est un régal!
Il a aussi le registre des temps de conjugaison, l'emploi imparfait du pasé simple... la tournure des phrases avec les verbes rejettés tout au bout, parce que l'action tient ailleurs... de l'emphase décalée et du tout cru bien laché...
Mais c'est dur de raconter tout ça... je pourrais vous mettre un extrait du texte, mais ça reviendrait presque au même que de coller une tête à Montalbano... Nan en fait je vous le conseille, plongez dedans, en livre de poche à grand tirage, pour qq euros, comme des millions avant vous!! (vous aussi ça vous angoisse de lire la même chose que tout le monde? ben des fois faut savoir s'avouer que c'est un tort!!)



Par plexigirl
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Publié dans : Livres nOirs
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