mais aujourd'hui, je me demande si ça n'est pas une pratique imbécile. cette volonté si farouche d'être au monde, de voir le monde en ne faisant finalement que passer à divers endroits du monde, pourquoi pas en les photographiant, ou à défaut en achetant des cartes postales, en ramenant de petits souvenirs "jubilant vaguement d'une vaine satisfaction à n'emporter que quelques grammes de ce qu'on nous proposait à profusion" (ma co-épouse).longtemps j'ai voyagé, fière d'être à l'aise dans les aéroports.
longtemps j'ai voyagé, comme on fuit, et pourtant je me sens constitutionnellement d'ici.
longtemps j'ai voyagé comme si la vie, rythmée par le temps qui passe et ne change rien, pouvait être détournée par un aller-retour.
longtemps j'ai voyagé en pensant à Candide (vs Sempel), en connaissant déjà la phrase de fin.
longtemps j'ai voyagé mais
je ne pourrais jamais écrire ça
" devant la route,
derrière, les femmes et les enfants.
autour, l'implacabilité du monde.
Ici ou ailleurs,
est-ce que ce n'est pas pareil? "
Alexandre Romanès, Paroles perdues, éd. Gall. 2004
longtemps j'ai voyagé mais jamais
" les poings dans mes poches crevées "










